congrès de la Société Française de Chirurgie de la Main, j'ai demandé au
Docteur Guy Raimbeau, qui a créé et qui dirige le centre de la Main d'Angers,
d'effectuer avec ses collègues l'état des lieux de cette pratique chirurgicale.
Le bilan de ce travail est éloquent et ne pourra laisser indifférent
aucun des acteurs en charge de l'organisation du système de santé. Ils ne manqueront pas
d'être interpellés sur l'impossibilité d'obtenir une photographie exacte de l'activité
de chirurgie de la main en France malgré l'interrogation de 14 instituts ou organismes
officiels. Ils seront surpris d'apprendre qu'une intervention secondaire, conséquence
d'une chirurgie primaire trop tardive ou réalisée par un chirurgien non spécialisé ou
ne disposant pas d'un plateau technique adapté, générera un surcoût de 100000 francs.
Cette étude montre que le chirurgien de la main a dû entreprendre une
formation longue et complexe puisqu'elle implique à la fois la maîtrise de l'orthopédie
et traumatologie, de la chirurgie plastique et des techniques de microchirurgie
vasculo-nerveuse. Cette chirurgie ne nécessite pas d'investissements lourds sur le plan
matériel mais elle est consommatrice de temps opératoire et postopératoire et est
indissociable d'une parfaite collaboration avec les médecins rééducateurs,
kinésithérapeutes, ergothérapeutes et appareilleurs. Enfin, c'est une chirurgie qui est
parfaitement adaptée à la pratique ambulatoire grâce aux progrès des techniques
d'anesthésie locorégionale.
L'enquête prouve que les patients bien informés sur la spécificité
de la chirurgie de la main se dirigent massivement vers les équipes les mieux
structurées, qu'elles exercent en secteur libéral ou public. À l'initiative de quelques
chirurgiens de la main, il a été créé, voici plus de 20 ans, une Fédération des
Services d'Urgence de la Main qui est devenue ensuite européenne (FESUM).
Cette structure associative a démontré son efficacité en termes
socio-économiques. Pour toutes ces raisons, il n'est plus possible de continuer à
pénaliser, au nom des quotas, les unités de chirurgie de la main qui exercent dans le
secteur libéral alors qu'en acceptant de traiter les urgences elles effectuent un
véritable service public.
L'Académie Nationale de Médecine, en octobre 1994, avait émis le
vux que: " ... les services d'urgence de la main remplissant les conditions de
fonctionnement définies par la Commission nationale de restructuration des urgences
soient réparties sur l'ensemble du territoire et soient habilitées comme Service
d'accueil des urgences Spécialisées (SAUS) ". Cette notion s'est affirmée depuis
sous le sigle POSU (Pôle spécialisé d'accueil et de traitement des Urgences).
Nous souhaitons que l'organisation de cette activité chirurgicale
s'effectue dans la plus grande concertation avec les pouvoirs publics. Les enjeux
socio-économiques sont importants car réparer un blessé de la main dans les meilleures
conditions, c'est le plus souvent lui assurer une reprise de travail à son poste initial.
Une mutilation définitive est souvent le début de l'exclusion du monde du travail.
Nous vous remercions de l'accueil que vous voudrez bien réserver à ce
" livre blanc" en souhaitant qu'il soit l'occasion de créer une véritable
dynamique pour intégrer, enfin, la chirurgie de la main dans notre système de santé.
Professeur M. MERLE
Président de la Société Française de Chirurgie de la Main