| La réalité de la
chirurgie de la main G. RAIMBEAU |
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La chirurgie de la main est une réalité médicosociale. La population touchée est importante par le nombre de blessés - 1400 000 blessés de la main dont 620 000 graves par an en France - mais aussi par le nombre de patients opérés de lésions dégénératives. Celles-ci s'expliquent par le vieillissement de la population et la multitude des articulations, des structures nobles regroupées - " compactées " - pour assurer une fonction à laquelle tout un chacun est très attaché. Les blessés de la main sont, le plus souvent, en bonne santé et souhaitent être dépannés au plus vite et surtout au mieux. Il ne leur apparaît pas nécessaire d'être hospitalisés voire d'être "endormis ". L'exigence de résultat s'accroît chaque année par la communication familiale, celle du voisinage mais aussi des grands médias. Les accidents de vie courante envahissent les structures hospitalières et touchent la main plus d'une fois sur cinq. L'innovation en matière de chirurgie de la main repose sur l'amélioration technologique. La microchirurgie a permis de voir et donc de travailler des structures de l'ordre du millimètre, reculant ainsi les limites de la réparation. Cette innovation s'est accompagnée d'une meilleure connaissance de la biologie vasculaire, tendineuse et de la miniaturisation des implants d'ostéosynthèse. En 25 ans, il y a eu plus de progrès qu'en 150 ans, si l'on se réfère à l'époque des Dupuytren, Larrey... Cette accélération de la maîtrise chirurgicale par un groupe restreint de chirurgiens est peut-être une des explications de l'insuffisance de reconnaissance par la tutelle et du faible niveau de connaissance de nombreux médecins dans ce domaine chirurgical. Les règles de l'art se sont modifiées; à ce jour, personne ne remet en question la réalité de la neuro-chirurgie et aucune boîte crânienne n'est ouverte en urgence par un chirurgien non habilité. Pourquoi n'en est-il pas de même pour la traumatologie de la main? En urgence, la chirurgie de la main a toujours été considérée comme secondaire vis-à-vis de la chirurgie noble, à incidence vitale. Dans les centres d'accueil, avec le s difficulté s de triage des plaies, les blessés de la main sont confiés le plus souvent aux plus jeunes. Les séquelles traumatiques de la main ne sont jamais vitales, c'est peut-être une des raisons historiques associée au fait que l 'on peut toujours mettre dans la poche une main handicapée. C'est pour lutter contre cet état d'esprit que furent créés, en 1972 sous l'impulsion de Raymond Vilain à l'Hôpital Boucicaut de Paris, les SOS Mains qui donnèrent naissance à la Fédération Européenne des Services Urgences Mains (FESUM), premier réseau de prise en charge organisée des blessés de la main. |
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Les soins externes ne s'adressent qu'aux contusions, érosions cutanées, à certaines plaies à distance de carrefours anatomiques stratégiques. La chirurgie ambulatoire doit se développer car, si tout acte de chirurgie de la main nécessite d'être réalisé sous garrot pneumatique, avec une anesthésie de mode variable et l'utilisation d'un moyen optique grossissant adapté, l'hospitalisation n'est indiquée que lorsqu'il existe une contre-indication médicale ou sociale à la pratique ambulatoire. En général, l'hospitalisation est très courte de 24 à 48 h, sauf pour les actes de micro-chirurgie lourde, type replantation, qui nécessitent un séjour de 5 à 7 jours pour surveiller l'évolution vasculaire. La prise en charge spécialisée s'imposera d'autant plus vite qu'il y aura une traçabilité des séquelles. En effet, cette chirurgie est peu coûteuse pour l'hôpital public ou privé car le plateau technique consomme peu de produits pharmaceutiques, sanguins, d'implants, de moyens de réanimation, et l 'hospitalisation est courte ou sans objet. À l'opposé, les rentes (IPP) et les allongements d'incapacité temporaire totale (ITT) représentent plus des 3/4 des coûts de la traumatologie de la main. Enfin, la chirurgie secondaire après un premier traitement inadapté génère des coûts supplémentaires, avec un résultat fonctionnel inférieur à celui qui eût été obtenu par une prise en charge initiale adaptée [20]. Wittemann [24] a montré un surcoût de 100000 francs par blessé devant être réopéré en milieu spécialisé, pour le plus souvent des traumatismes étiquetés mineurs en urgence. Si la chirurgie de la main développe des coûts modérés pour les plateaux techniques, elle génère par contre des coûts humains et des frais de personnel.
Cette importance du secteur "hors hospitalisation " est un préalable à connaître pour réussir l'implantation d'une unité de chirurgie de la main. Seuls 2 % des blessés de la main et du poignet sont hospitalisés, 13 % sont opérés en pratique ambulatoire; ces chiffres, issus d'une étude danoise [3] rapportée sur deux ans dans le cadre de l'enquête EHLASS qui portait sur 50 272 blessés (28,6% de toutes les urgences), sont ceux qu'il faut annoncer pour préparer l'avenir; la chirurgie de la main, en urgence, ne se résume pas à l'épisode de la salle interventionnelle.
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